Le livre de Bruno Bettelheim sur la Psychanalyse des contes de fées est riche en enseignements. On y apprend que les contes de fées procurent à l'enfant un sentiment de sécurité en répondant à toutes ses questions existentielles. "C’est cette sécurité – en partie imaginaire – qui, lorsqu’il l’a expérimentée pendant un temps suffisant, permet à l’enfant de développer ce sentiment de confiance en la vie dont il a besoin pour avoir confiance en lui ; cette confiance est indispensable pour qu’il apprenne à résoudre les problèmes que lui posera la vie grâce au développement de ses propres capacités rationnelles".
Je trouve par exemple amusante l'hypothèse selon laquelle certains ados se droguent parce qu'on ne leur a pas assez lu de contes de fées quand ils étaient petits ! L'idée qu'un enfant puisse se sentir menacé par un adulte m'a aussi étonnée. Les contes qui mettent en scène "un géant en conflit avec une personne normale" se retrouvent dans toutes les cultures "étant donné que les enfants, partout dans le monde, tremblent (...) sous le pouvoir que les adultes détiennent sur eux". Ainsi l'un des contes des Mille et Une Nuits, Le Pêcheur et le Génie, apprend à l'enfant qu'il peut, malgré son infériorité physique, gruger les adultes par la ruse. Mais "J'insiste sur la différence: "rouler" un génie ou un géant, ce n'est pas la même chose que rouler un adulte. Si l'enfant apprend qu'il lui est possible de l'emporter sur les adultes que sont son père et sa mère, l'idée peut lui paraître agréable, mais, en même temps, elle est génératrice d'angoisse : s'il est capable d'être plus malin qu'eux, comment peut-il être convenablement protégé par des êtres aussi faciles à duper ? Mais comme le géant est un personnage imaginaire, l'enfant peut très bien rêver qu'il est plus malin que lui, au point de pouvoir non seulement le dominer, mais aussi le détruire, tout en continuant de compter sur les vrais adultes pour le protéger".
Personnellement, je me souviens d'un conte - certainement incomplet - qui m'a fort marqué et que j'ai toujours considéré comme emprunt d'une grande vérité. C'est l'histoire d'un mille-patte qui danse, une performance extraordinaire qui fait l'admiration de tous. Jusqu'au jour où un animal - je ne sais plus lequel - lui demande : Mais comment donc fais-tu pour danser avec mille pattes? Et là, l'insecte, interdit, est non seulement incapable de répondre mais n'arrivera plus jamais à danser... Le dénouement est probablement heureux mais je ne m'en souviens pas. Il y a aussi l'histoire du type qui crie au loup mais j'imagine que ça fait partie de l'inconscient collectif, non?
A part ça, j'ai bien aimé l'interview de Claude Chabrol où il qualifie la France actuelle de république "très lubitschienne" :
"Je pense à Ernst Lubitsch, à ses films qui traitent de sujets sérieux d’une manière très légère, comme dans To be or not to be. Mais attention, Sarkozy n’est pas Hitler, ni même un faux Hitler, qui atterrit sur une botte de paille… Il est davantage Michel Drucker qu’Hitler. Il monte le spectacle et dedans, il y a toujours un petit truc qui nous étonne".
Merci Jérôme !
Et enfin, une colle pour vous prouver qu'à Florence, je n'ai pas fait que du motorino, bu des espressi et mangé de la ribollitta (une soupe qui a bouilli deux fois, une "rebouillie", dont j'ai rêvé cette nuit) , non non non, j'ai également lu un livre en italien au titre séduisant : Une Storia Semplice de Leonardo Sciascia. Dans ce livre - dont je pourrais difficilement dire s'il est bon ou non, tant j'étais contente de presque tout comprendre - il y a une phrase qui me chiffonne et que je soumets à vos esprits aiguisés :
“(...) ad un certo punto della vita non è la speranza l’ultima a morire, ma il morire è l’ultima speranza” (p.51, Une Storia Semplice, Piccola Biblioteca 238, Adelphi). Kesako, quelqu'un ?